Les 10 différences entre les artistes amateurs et les pros, et le piège de l’entre-deux.


Une des pires choses qui puissent arriver à un artiste : croire qu’il est en train de construire une carrière, alors qu’il pratique juste son hobby à temps plein.

Ca a bien failli me rendre fou.

Comme je prenais la parole des artistes pour argent comptant, je croyais ceux qui me disaient être déterminés à vivre de leur art.

Et pourquoi je ne les aurais pas cru ? Eux-même y croyaient dur comme fer. Ils étaient persuadés de vouloir se professionnaliser. Comment leur en vouloir ?

Comme je n’y connaissais rien, je ne me rendais pas compte à quel point ça ne ressemblait pas du tout à ce que nous vivions ensemble au quotidien.

Venant de moi c’était carrément inexcusable : j’étais censé les aider à évoluer.

Pourtant les faits auraient dû me sauter à la figure : nous agissions tous comme des amateurs à plein temps.

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Gagner assez pour ne faire que ça de notre vie et lâcher ces jobs alimentaires qui ne faisaient pas appel à nos vrais talents…

Combien étions-nous à y penser chaque jour ? En dehors de moi, j’en ai bien connu quelques dizaines.

Produire l’oeuvre qui nous fera sortir de l’ombre, que les gens commencent à nous demander, que le rapport de force avec les médias et l’industrie s’inverse…

On connait ceux qui ont réussi à le faire, on les observe, on les envie et/ou on les admire, leurs faits et gestes sont commentés…

Certains prétendants d’hier commencent aujourd’hui à vivre de leur art.

Ca les rend plus forts : on les voit progresser, ils passent rapidement des caps décisifs grâce à la confiance gagnée et à la concentration totale désormais possible.

Ce qui est clair, c’est que cette voie n’est pas pour tout le monde.

Avoir un hobby créatif, être un artiste amateur, c’est très bien. Ca donne parfois les meilleures oeuvres. Ca amène également parfois à devenir pro.

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Ce qui est moins bien c’est de se mentir : croire qu’on veut vivre de son art, et agir comme un amateur.

En faisant un bout de route avec de nombreux artistes ces dernières années, j’ai observé à quel point ils ne se rendent parfois pas compte de ce que devenir pro signifie réellement.

Le problème c’est que je ne m’en rendais pas compte moi-même.

Ca m’a fait faire des choses insensées, comme investir mon temps et celui de ceux qui m’aidaient, mon énergie et l’argent de mon label, pour les projets d’artistes qui avaient dans le fond décidé de rester amateurs, quoi qu’ils en pensaient par ailleurs.

Et moi de suivre leur rythme, tout en y consacrant le plus clair de ma vie.

Ca m’a aussi fait torturer des artistes que je croyais vouloir devenir professionnels et qui ne supportaient pas les contraintes, les compromis et la rigueur que ça suppose.

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La différence entre un hobby à plein temps et un vrai début de carrière est énorme.

Selon ce que vous voulez vraiment atteindre, à quelle vitesse vous souhaitez y arriver, à quel point vous voulez jouer un rôle dans votre milieu dans le futur, vous ne pouvez pas faire l’économie de définir une stratégie. C’est à dire de faire un choix conscient. Assumé.

Et je ne parle pas forcément d’une stratégie destinée à vous rendre célèbre, mais juste à mettre en adéquation vos attentes et vos actions.

Construire votre vie professionnelle en dehors de l’art et ne rien attendre de ce coté-là financièrement est une stratégie qui se tient.

C’est ce que fait par exemple Sameer Ahmad, avec qui je travaille. Il a mis du temps, il s’est posé beaucoup de questions je crois (je ne suis pas dans sa tête), mais il a clairement fait le choix qui lui convenait le mieux. Ca ne l’empêche pas de briller et de s’accomplir artistiquement. Au contraire.

En revanche, tout miser sur une professionnalisation sans considérer que c’est un vrai travail est tout simplement… stupide. 

Qui irait gravir l’everest sans planifier l’ascension ? Sans équipement adapté ? Sans des partenaires qui comprennent exactement où l’on veut aller et qui croient en nous ?

“Je vais commencer à monter à ma façon, tranquille, je verrais à mi-chemin si j’ai envie d’aller au bout. Vous venez avec moi ?”

A mi-chemin on meurt déjà de froid si on n’est pas préparé.

Ma thèse est simple : avant de se lancer, il vaut mieux se demander si on est vraiment prêt à agir comme un pro.

J’écris cet article pour apporter un peu de clarté dans l’esprit de ceux qui ne savent pas très bien où ils en sont à ce niveau. J’en vois pas mal dans ce cas, alors si je peux leur donner un peu matière à avancer…

Avec un peu de chance, si je n’ai pas été trop mauvais dans ma démonstration, et si vous êtes de ceux qui perdent trop de temps à faire un pas en avant, deux pas en arrière,, vous serez à même de savoir à la fin de votre lecture si vous voulez vraiment vous professionnaliser ou si vous feriez mieux de garder votre pratique artistique à l’écart de vos revenus.

La première différence entre le pro et l’amateur est claire pour moi :

Le pro est déterminé à agir comme tel bien avant de voir le premier centime rentrer.

Agir comme un pro implique une pratique volontaire qui pousse à étendre sans cesse ses capacités, même quand c’est désagréable sur le moment.

Comme un athlète, il fait travailler son muscle créatif en faisant des exercices parfois rébarbatifs, il accepte la compétition, il s’entoure d’autres professionnels qui le poussent dans cette direction, il embrasse l’incertitude, le risque, la difficulté et l’inconnu sans aucune garantie que ça paiera.

L’amateur se fixe des objectifs moins ambitieux : il n’a pas l’intention de sortir de certaines limites pour pratiquer son art. Il aime avant tout le plaisir qu’il retire de cette pratique et n’envisage pas que ce plaisir s’accompagne de contraintes ou de souffrance. Pour lui, la pratique est souvent une fin en soi.

Les deux peuvent être source de bonheur, d’accomplissement, et d’oeuvres universelles.

Quand en revanche la voie est embrumée entre ces deux pistes, la souffrance et le mal-être sont au rendez-vous.

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Les 10 différences entre le pro et l’amateur.

1 – Le marketing

  • En dehors de la création pure, l’amateur suit souvent les chemins tracés par d’autres. Il diffuse son oeuvre comme tout le monde le fait, en respectant les normes, il informe son entourage et ses contacts de son actualité. Marketing ? Connait pas. S’il n’attend sincèrement rien de plus que le plaisir de faire et partager, tout va bien. C’est le mot “sincèrement” qui est important, ici. ; )
  • Le pro cherche sans cesse l’innovation. Il veut être meilleur que ce qui se fait, non seulement dans son domaine artistique, mais aussi dans la façon de le diffuser et de gérer son image. Il imagine une manière originale de faire son lancement, il se met en avant de manière pro-active. Il n’attend pas qu’on le remarque. Il se rend remarquable.
  • Le piège : mettre toute son énergie dans son art, et refuser de réfléchir sérieusement à la manière de le diffuser. Ca revient à “faire de l’oeil à une fille dans le noir.” Stuart H. Britt

2 – L’impact

  • L’amateur agit dans des limites fixées par lui-même, parfois même inconsciemment. Il préfère satisfaire un public restreint et ne pas espérer que ça le fera vivre plutôt qu’agir au quotidien pour élargir son cercle de fans (parce que c’est dur, très dur d’aller plus loin, une fois atteint un certain palier).
  • Le pro ne se fixe pas de limites et espère aller le plus haut possible. Idéalement, il veut avoir assez d’influence pour bousculer le milieu dans lequel il opère. Il est toujours en train de se faire connaître de nouvelles personnes, de mettre en place son prochain move.
  • Le piège : faire toujours les choses de la même manière, mais en espérant un résultat différent. La définition de la folie souvent attribuée (à tort ?) à Einstein.

3 – La croissance

  • Evidemment, l’amateur est content quand sa notoriété grandit. Mais ce n’est pas son objectif prioritaire. Il vaut avant tout produire son oeuvre et la diffuser. C’est une fin en soi. Son nouveau projet à souvent les même retours que ceux d’avant, et ça lui va très bien.
  • Le pro veut grandir autant que possible et ne pas plafonner. Il est inimaginable pour lui d’avoir le même résultat avec une nouvelle oeuvre qu’avec la précédente, sinon il considère qu’il a (temporairement) échoué. Si il a assez de ressources, il se remet immédiatement au travail en ayant analysé ses erreurs, fait les ajustements nécessaires, et revient plus fort.
  • Le piège : se dire qu’on se bougera quand ça vaudra le coup. En général, ça ne commence à valoir le coup que parce qu’on s’est bougé, justement. “Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre.” Sun Tzu

4 – L’argent

  • L’amateur n’essaie pas forcément d’en faire, il agit même parfois à perte indéfiniment sans que ça le fasse renoncer. Si il peut générer un profit sans l’avoir cherché spécialement, il le fera avec plaisir, mais il ne se fixe pas pour objectif que sa production le fasse manger.
  • Le pro peut tenir un certain temps sans tirer un centime de son art. C’est très dur parfois. Mais il agit comme si changer cette situation était une priorité absolue (d’ailleurs, c’est le cas). A moyen terme, il veut pouvoir rétribuer ceux qui travaillent avec lui et obtenir de meilleures conditions pour avancer. Si ça foire, il finira par se résigner, mais il aura tout essayé. Si ça marche, le retour sur investissement (en sueur, en argent, en foi) peut être énorme.
  • Le piège : espérer vivre de son art et refuser d’affronter la question de l’argent. “Quand vous reconnaissez avoir un problème d’ordre émotionnel avec l’argent, vous avez déjà réglé une grande part du problème. Aucun bon architecte n’a de problème émotionnel avec les poutres. Placez plutôt vos problèmes émotionnels au bon endroit, et efforcez-vous de voir l’argent avant tout comme un outil.” Seth Godin

5 – Le mode de financement 

  • L’amateur met son argent personnel pour payer les frais de son projet, il serait mal à l’aise que quelqu’un investisse sur lui ou lui prête de l’argent. Cela voudrait dire rentrer dans une logique où la pression d’un résultat financier compte, et cela ne l’intéresse pas. Il élargit son matériel avec l’argent de son activité principale ou grâce à des cadeaux ou coups de mains de sa famille. Il évite le risque, qui signifie qu’il faudra avoir une attitude pro pour faire face.
  • Le pro peut aussi commencer avec son argent personnel ou un prêt de proches, mais il n’attend rien de mieux que la rencontre avec quelqu’un qui croira assez en lui pour financer son projet et le payer pour qu’il puisse se consacrer à sa mission. La pression pour réussir fait partie de ce qui le pousse à se dépasser. Avec les mutations du monde culturel, il est de moins en moins indispensable d’être financé pour réussir ce challenge. Avec une petite fibre d’entrepreneur et en étant bien entouré, on peut prospérer sans gros investissement.
  • Le piège : reculer dès que le poids d’une responsabilité ou d’un challenge se profile. “Il n’est pas bon de fuir devant l’épreuve, au risque de devoir en affronter une plus accablante.” Léonora Miano

6 – L’inspiration

  • L’amateur se laisse toute liberté d’attendre l’envie pour se mettre à créer. Si ça ne vient pas, il passe à autre chose. Des fois il a très envie de créer quand il est obligé de faire autre chose, mais c’est la vie, il a l’habitude (c’est un biais classique : mettez-vous devant la feuille blanche, rien ne vient; ayez une obligation à remplir par ailleurs et vous mourrez d’envie de creuser une idée qui vous vient).
  • Le professionnel ne se donne pas le luxe de croire à l’inspiration divine. Il n’attend pas qu’elle vienne toute seule, il la traque. Il a lu La guerre de l’art, et il connaît le concept de résistance.
  • Le piège : être amoureux de l’idée romantique de l’inspiration divine, et se contenter d’essayer de créer quand les étoiles semblent alignées. “Les amateurs cherchent l’inspiration, nous autres nous contentons de nous lever et de nous mettre au boulot.” Chuck Close

7 – Les outils

  • L’amateur fait avec les moyens du bord. Il travaille le plus souvent de chez lui, avec le matériel qu’il peut, et si le résultat ne joue pas souvent dans la même cour que celui des pros, il peut avoir bien plus de charme. Ceci dit, certains mettent toutes leurs économies dans leur art plutôt que dans une voiture et finissent par concurrencer les pro sur ce terrain.
  • Le pro a besoin du meilleur environnement de travail. Si la technologie permet de l’obtenir chez soi depuis quelques années, il faudra quand même débourser plusieurs bras pour que la chaine de production puisse rivaliser avec celle de professionnels. Financer sa production est souvent son premier objectif pour obtenir un résultat à la hauteur de ses ambitions.
  • Le piège : vouloir jouer dans la cour des grands avec une production bancale. Ceci dit d’une part ça marche parfois, et d’autre part, tout le monde a les même mots à disposition pour écrire. “Un bon ouvrier a de bons outils” Proverbe

8 – L’influence

  • L’amateur n’en a que très peu besoin. Il se fait avant tout plaisir, et imaginer devoir convaincre ou inspirer des gens de participer à son aventure n’est pas dans son optique. Il se sent bien entouré d’autres amateurs venus partager leur passion de la même manière.
  • Le professionnel a intérêt à considérer son influence comme une qualité à perfectionner autant que son art en lui-même. Il va en avoir besoin pour interagir avec tous les acteurs du milieu dans lequel il souhaite prospérer et inspirer chez eux la foi et l’envie de le suivre au bout du monde.
  • Le piège : refuser d’assumer un certain leadership et espérer être suivi aveuglément quand même. “L’influence est notre capacité intérieure à rallier les gens à nos perspectives.” Joe Wong

9 – Le style de vie

  • N’ayant pas fait réellement entrer le risque dans sa vie, l’amateur n’est pas obligé de se dépasser pour atteindre ses objectifs. Il peut ainsi établir le rythme qui lui convient le mieux et équilibrer son temps entre son activité professionnelle, sa vie privée et son art. Ce dernier élément est déjà suffisant pour épicer sa vie au delà de ce que connaissent ceux qui se contentent du métro-boulot-dodo.
  • Qui dit pro dit responsabilités. Beaucoup de gens attendront après vous que vous soyez à la hauteur, dans une époque où il faut sans cesse vous réinventer, travailler aussi bien à votre oeuvre qu’à votre notoriété, tout en gardant la tête froide. Le bon coté est que vous pouvez retirer les jobs alimentaires de la liste de vos obligations. Avec un peu de chance il vous restera peut-être même encore (un tout petit peu) de temps pour une vie privée.
  • Le piège : vouloir le beurre et l’argent du beurre : pas de risques, pas d’incertitude, mais des résultats. “Il n’y a pas de grands accomplissements sans prise de risque” Neil Armstrong

10 – Passer à autre chose

  • L’amateur peut à tout moment réduire son activité artistique voire la rayer de sa vie, sans subir de dommages. Il a bien pris soin de ne pas tout risquer pour une carrière, et il peut se reposer sur son travail et sa famille pour combler le vide, voir commencer un autre hobby.
  • Le pro compte bien ne plus retourner derrière un bureau jusqu’à la fin de ses jours, que ce soit en ayant assez de succès pour ne faire que ça toute sa vie, ou bien en capitalisant sur son image, son réseau et les expériences vécues pour pivoter vers une activité issue de sa carrière. Devoir renoncer avant la réussite est une remise en question majeure de son rôle sur terre, finalement plus vertigineuse qu’une vie d’artiste faite d’incertitudes. Mais au moins, il se sera donné toutes les chances.
  • Le piège : après des années à tenter de devenir pro en agissant comme un amateur à temps plein, devenir peu à peu aigri et finir par renoncer dans la douleur et avec l’arrière-goût amer de ne pas s’être donné toutes les chances. “Les gagnants abandonnent tout le temps. C’est juste qu’ils abandonnent la bonne chose au bon moment.” Seth Godin

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Bien sûr il arrive qu’un amateur devienne pro, et qu’un professionnel décide de ne plus agir qu’en amateur. Comme tout, c’est avant tout une question de choix.

Ce choix est provoqué soit par un changement de vos aspirations réelles (vous souhaitez plus de sécurité, ou au contraire vous décidez que tout bien réfléchi, vous avez toujours rêvé d’une carrière), soit par un stimuli externe (une réussite surprenante qui génère des opportunités pour l’amateur, un échec cuisant qui remet en question le choix du professionnel, par exemple).

Comprendre que beaucoup dépend de la cohérence entre vos ambitions et vos actions au jour le jour est un talent en soi.

Ne perdez pas votre jeunesse à vous consacrer à votre art si c’est pour être amateur à temps plein : vous vous ferez beaucoup trop de mal et sèmerez les graines de la frustration pour vous et ceux qui roulent avec vous. Avec eux, soyez clairs sur ce que vous souhaitez accomplir. Ils le méritent.

Pour ça, soyez d’abord clair avec vous-même : allez chercher votre vérité au plus profond, avouez-vous vos envies et ce que vous êtes prêt à faire ou non.

Ayez le talent d’aligner vos actions et vos attentes réelles, et trouvez la force d’établir le bon plan pour atteindre vos objectifs.

Ca vous semble déprimant et peu poétique ? Peut-être est-ce parce que vous êtes un amateur dans l’âme, et c’est très bien ainsi. Regardez tous les pro que vous admirez : vous croyez qu’ils ont fait comment ? ; )

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