Pourquoi vous devriez refuser d’être rassuré sur votre travail

Les gens demandent si on peut les connecter avec quelqu’un qui peut les aider, les faire avancer plus vite.

Allez plutôt lire un bon livre, vous n’avez pas besoin de telle ou telle connexion pour mettre votre travail en ligne.

OK mais alors, comment faire pour avoir un agent ?

Mets ton travail en ligne. Fais savoir qu’il est en ligne.

La vraie raison de cette soif de connexions est le besoin de validation.

Le besoin d’une figure qui fasse autorité à nos yeux pour nous dire qu’on est assez fort, que notre travail est bon.

Car on a peur de se planter. On se fait dessus, même.

Qu’est-ce qui va se passer si personne ne nous a garanti en amont que notre projet est bon, et que les gens se moquent de nous parce qu’on a fait l’erreur de le diffuser ?

Mais on confond être rassuré et être validé.

Etre rassuré est futile. On n’en a jamais assez. Même quand on sera devenu un cador et qu’on aura franchi tous ces paliers, on se heurtera encore à cette petite voix qui nous dit “et si c’était nul en fait, ce truc que tu es en train de pondre ?”.

Je l’entends tout le temps, elle me le dit en ce moment même au sujet de ce blog et cet article, et elle a peut-être raison, allez savoir.

Le vrai problème : le bon travail se fait au bord de la corniche, sans barrière de sécurité.

Si il y a toujours quelqu’un pour nous rassurer, il n’y a plus de corniche.

Si on perd la sensation de se mettre en danger en créant, on n’extrait pas le meilleur de nous-même, qui est caché bien au fond.

La validation d’une personne influente dans votre milieu c’est autre chose. Elle ne sert pas qu’à se rassurer.

C’est le pouvoir de la recommandation.

Ce qui arrive en ce moment, c’est que ce pouvoir est en train de fondre peu à peu, les gens s’en foutent de savoir si c’est telle ou telle autorité qui suggère de vous aimer, ils veulent et peuvent juger par eux même, et la validation par une infinité de gens qui ne sont pas des décideurs individuellement pèse bien plus lourd qu’un ou deux physionomistes à l’entrée qui auraient jugé que vous ne valez pas la peine qu’ils vous sélectionnent.

Du coup, on remplace ce besoin de validation par le besoin d’être rassuré.

Mauvais calcul.

Rassuré, on élimine la tension.

Or la tension sert de boussole, c’est le signe qui vous indique que vous êtes en train de faire un travail qui compte.

Cette tension ne doit pas être esquivée.

Il faut croire en le processus créatif, il faut tenir bon, passer assez de temps devant la feuille blanche ou l’ébauche mal dégrossie, même quand la petite voix hurle “remballe, tu te fais du mal, c’est nul, annule tout, il ne se passe rien de vibrant”.

Il faut faire des pauses, oui, sinon on explose, dans ces moments. Mais il faut revenir très vite devant l’établi, s’en remettre à nouveau au processus qui mène à la magie.

Et si vous revenez encore le lendemain, puis le jour d’après -parce qu’au bout d’un moment vous avez compris comment ça marche- à la fin vous aurez votre scénario fini, votre chanson, la présentation de votre projet de business, votre série de peintures, votre collection de vêtements, votre site web.

Prêts à aller à la rencontre de l’autre.

Et vous savez pourquoi ? Parce que vous n’aurez pas résolu la tension artificiellement, en vous faisant rassurer par quelqu’un qui ne veut pas vous vexer ou qui ne sait pas ce dont vous êtes vraiment capable.

Vous l’aurez résolu parce que vous n’accepterez pas de pondre un truc pourri. Alors vous allez faire du bon taf.

C’est pour ça que vous avez choisi cette voie.

Depuis que j’ai compris ce genre de choses, je n’ai plus envie d’être un juge ou de faire de jolis compliments, mais d’être un générateur de courage et un ouvreur de pistes.

Vous n’avez pas besoin de manuels avec les 10 étapes pour faire ci ou ça. Les manuels, il y en a partout. Tout le monde peut les lire et les suivre à la lettre.

Ca peut aider à résoudre quelques questions précises ici ou là, mais ce dont vous avez vraiment besoin c’est d’aller chercher cette fameuse tension, de trouver l’état d’esprit qui permet à cette tension d’être la bienvenue et non l’ennemi à fuir.

Demandez plus de tension à votre art, plus d’incertitude.

C’est la transition majeure pour les créatifs.

Il y a un avant et un après. Une fois qu’on a cet état d’esprit, on ne revient pas en arrière : on commence à progresser à grande vitesse, à créer, pour de bon.

A souffrir, aussi, pour progresser.

On étire ses limites, ça fait mal aux muscles au début, puis le muscle s’adapte. C’est réservé à ceux qui veulent y arriver. On laisse le divertissement à ceux qui ne veulent pas souffrir.

C’est PUTAIN DE DUR. Et ce n’est pas parce que je le raconte ici que je sais le gérer. Mais quand j’y arrive, et ça m’est arrivé quelques fois dans mon rôle de beatmaker / réalisateur, ou en écrivant des trucs assez personnels, j’ai adoré ça.

C’est le feu de la création qui s’allume.

C’est PUTAIN DE FLIPPANT. J’ai peur de ne pas y arriver, je suis une merde, je suis sans défenses, la fébrilité est totale.

Mais je sens que je suis en train de créer.

Je peux me dire sans me mentir : voilà le travail que j’ai décidé de faire, le travail qui me fait danser avec la tension, pour finalement la résoudre par la création, et c’est ça que j’aime ressentir par dessus tout.

Cette considération vaut toutes les validations du monde, elle vaut infiniment plus que d’être rassuré par quelqu’un qui n’a aucune conscience des enjeux et qui dit “j’aime bien”.

Et alors ? Et s’il déteste juste parce qu’en fait ce que vous cherchez n’est pas pour lui ? Vous allez abandonner ? Changer ?

Il y a les gens avec qui on travaille. Les gens de l’équipe. Avec eux, on va chercher la tension. Ils se mettent en danger comme vous. Eux, leur avis compte. On est une entité, un tout. On affronte ensemble la recherche d’un résultat qu’on va partager avec le monde.

On peut se battre entre nous pour faire valoir nos goûts, nos envies, mais à la fin on pond ce putain de projet ensemble, on est pas là pour se valider ou se rassurer. On est là pour que notre tout soit meilleur que la somme de nos individualités.

Ca donne des trucs qui brillent : des films, des albums, des marques, des bâtiments.

Alors, maintenant que les industries culturelles sont en train de lentement laisser la place à autre chose que ce que nous avons tous connu (le processus est bien avancé, oui, mais on est encore au tout début de la suite de l’histoire), le challenge n’est plus d’être remarqué par les décideurs, validé par les physionomistes.

Ils se rangeront à votre cause le jour où ils le décideront, ou ne vous calculeront jamais. Peu importe. Envoyez leur vos liens quand même, sans trop y penser.

Inventez un système pour oublier les refus en un instant, puis passez à autre chose.

Parce qu’en fait, le vrai challenge qui est devant vous n’est pas de convaincre untel ou untel, mais bien de trouver une voie excitante qui vous ressemble. Que ceux qui seront touchés y fassent écho.

Et pour ça, il n’y a pas mille solutions : il faut émettre un signal qui émerge du bruit ambiant, en créant un travail qui compte vraiment.

Un travail qui ne viendra que de votre rencontre avec la tension et l’incertitude. Parole.

La bonne nouvelle c’est que tout ça n’est qu’un jeu. Vous pouvez intégrer la mentalité d’un vrai joueur, le joueur d’un jeu infini.

Un jeu qui ne s’arrêtera qu’à votre mort, et dont l’enjeu n’est pas de détruire l’adversaire ou de marquer plus de points, mais bel et bien de continuer à jouer encore et encore, de mieux en mieux, au fur et à mesure que vous faites connaissance avec les choses qui se cachent derrière vos peurs, et que vous en faites des alliées.

Il y a encore quelques années, il fallait un temps dingue pour finaliser un projet, convaincre les décideurs de vous donner votre chance, de mettre votre proposition sur le marché, parfois en la dénaturant au passage.

Du coup, si vous étiez parmi les rares élus, vous preniez une place au soleil pour un bout de temps.

Aujourd’hui, il faut parfois à peine quelques semaines pour passer d’une idée, d’une envie, à la diffusion au monde entier du résultat de votre travail sur cette idée.

Flippant ? Ou plutôt excitant, difficile, un challenge constant.

A peine diffusé, il faut déjà passer à la suite, proposer encore.

Les gens n’ont plus le temps de vous admirer pendant des mois.

Mieux que ça : il faut aussi vous réinventer sans cesse.

Et ça, c’est extrêmement dur à faire de façon routinière.

Très bonne nouvelle.

Comments

  1. Guillaume Lebourg says

    Go for it !!!!

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